Mardéchoise - Témoignage


Mardéchoise est entrée dans ma vie alors qu’elle avait environ 4 ans, si mes souvenirs sont bons, j’en avais 15.










C’était une belle trotteuse alezane, avec les crins d’un orange cuivré lumineux. Une trotteuse qui avait décidé que les courses ce n’était pas pour elle. Suite à un accident de sulki qui lui laissa des traces visibles le long de la colonne vertébrale, elle fût vendue, et interdite à la reproduction. Nos chemins se croisèrent dans une petite écurie de propriétaire fraîchement ouverte, gérée par F. Moi, je commençais le lycée. J’ai toujours eu du mal à m’intégrer dans un groupe durant ma scolarité. Je crois que je ne voyais pas l’intérêt de faire semblant alors que je trouvais mes camarades futiles et la plupart du temps sans grand intérêt. Mais c’est mal vu d’être à l’écart, alors je me forçais. Les résultats d’intégration n’étaient pas très brillants, comme on peut s’en douter !

Des amis j’en avais, mais littéralement je pouvais les compter sur mes doigts, et très probablement d’une seule main à l’époque. Cette même année, j’avais rencontré C. On l’aimait bien C et je crois que si l’on avait pas eu une passion commune, on aurait sans doute pas fait un si long chemin ensemble.

La première fois que je vis Mardéchoise, elle était dans la carrière et une cavalière la faisait sauter des petites barres. Elle s’est vite retrouvé par terre. J’ai de suite trouvé cette jument magnifique, et sa façon toute bizarre de galoper m’a attendrit. La cavalière se releva, furieuse, sauta une ou deux barres en plus avant de remettre la jument au box. je m’approchais du box un peu plus tard, et fut accueilli par des dents contre les barreaux, et des oreilles plaquées menaçantes. Surprise, je regardais cette jolie jument, dans ce box sombre, je n’aurai jamais imaginé un tel accueil.

J’ai sympathisé avec F, et de fil en aiguille, la cavalière qui s’occupait et montait les chevaux de l’écurie étant parti, elle m’a proposé de venir lui filer un coup de main en échange de monter à cheval. J’étais plus que ravie ! Je savais très bien que mes parents avaient du mal à me payer mon cours hebdomadaire d’équitation, et j’étais bien contente de les soulager de ça tout en ayant la possibilité de (enfin) nouer des liens avec des chevaux. Il faut avouer que en club, c’est assez compliqué. Je pris mon envol, et quitta le club dans les semaines qui suivirent.

L’écurie était toute neuve, il n’y avait pas beaucoup de chevaux. Elvira avait une propriétaire, Adoul aussi, Mardéchoise, Symphonie et Eclat appartenaient tous les trois à F. Dès le début, F me dit qu’elle n’aimait pas bien les trotteurs mais que symphonie (Pur-Sang) et Mardéchoise étaient en vente ensemble. Si je pouvais m’occuper de Mardéchoise, ça serai super. J’acceptais, très heureuse, car cette jument m’avait vraiment tapé dans l’oeil !

Nos premières séances furent horribles. Je rentrais dans le box avec une cravache pour éviter les morsures, au sanglage, je me faisais régulièrement mordre, il me fallait faire attention en permanence à ses dents et ses postérieurs. En longe, j’avais deux chambrières : une pour la faire avancer, l’autre pour me protéger quand elle venait subitement vers moi me boxer, cabrée de toute sa rage. Je ne sais vraiment pas pourquoi j’ai persisté, parce que c’était « elle ».

C. m’accompagna à cette écurie et prit le gentil et doux Adoul en demi-pension. On venait aux écuries ensemble, on soignait les chevaux, et on montait ensemble. Quelle douce période ! Nous étions souvent seule, entourés de chevaux, le rêve. Pourtant, avec Mardéchoise, ce n’était pas encore toujours rose. Un jour, elle me fit tomber en balade, parti au loin puis fit demi tour. J’étais toujours à terre et la jument galopait avec force vers moi. Je me suis vite relevée en agitant mon stick, elle essaya de me toucher, oreilles plaquées, avant de repartir toute seule aux écuries. Suite à cet événement, je n’ai pas réussi à faire autre chose que la brosser de temps en temps pendant plusieurs mois. Cette fois, j’avais très peur.


Petit à petit, de nouveaux propriétaires sont venus s’ajouter à l’écurie, elle commençait à grandir. Je me suis occupée un moment de Dan, puis d’Elvira. J’ai beaucoup apprit avec Elvira et elle m’en a fait voir de toutes les couleurs, je l’aimais beaucoup, mais Mardéchoise était toujours dans ma tête. Un jour, je me suis décidée à retenter le coup. Ce qui avait changé était simplement mon envie. J’ai pu me rendre compte de l’amour que je lui portais malgré tout, je n’avais jamais ressenti ça pour un cheval. Et puis il y avait son regard : il m’implorait de revenir vers elle, ce qui ne l’empêchait pas si je m’approchais, d’être accueilli encore par des oreilles couchées. Une énigme pour moi, à l’époque. Mais j’ai continué.

Avec C. on prenait beaucoup de temps pour les papouiller, les brosser, les amener brouter et mon envie toujours plus forte de gagner le coeur de Mardéchoise l’attendrit peu à peu. Après mon arrêt de quelques mois avec elle, mon courage et mon envie n’avaient fait que grandir, mon amour aussi, tout cela avait dépassé ma peur, j’avais changé au fond de moi. Nos progrès furent rapide et notre relation prit un nouveau tournant. Je ne saurai trouver les mots pour dire à quel point je l’aimais, elle m’apprenait tellement de choses !

Un peu plus tard, C. rencontra Dom-Pearl, un magnifique Pur-sang gris, gigantesque et aigris. Dom-Pearl aspirait à une vie paisible, et on s’acharnait depuis longtemps à faire de lui un cheval d’obstacle. C en tomba amoureuse et la famille l’acheta. J’ai eu du mal à ravaler ma jalousie, car je n’avais pas les moyens d’officialiser ne serai-ce qu’une demie-pension avec Mardéchoise afin d’être sûre de la garder pour moi. Je trouvais que Dom-Pearl était trop compliqué pour C, mais je voyais aussi avec quel amour elle le regardait. Je crois que j’avais un peu peur pour ma gentille C, ça changeait beaucoup du doux et gentil Adoul ! De toute façon, C était déjà amoureuse, on ne peut qu’admirer quand l’amour nous frappe de cette manière et savourer cette sensation délicieuse. Et puis finalement, elle avait juste trouvé sa Mardéchoise à elle !

Je les ai aidé comme j’ai pu dans leur début, ma confiance en Mardéchoise grandissait de jour en jour et c’était même nous qui passions en tête en balade pour montrer le chemin au gris grincheux.

Puis une série de triste évènements se succédèrent. L’écurie changea de propriétaire, mais Mardéchoise fut « vendu » avec l’écurie, elle resta donc, et moi avec. Je ne la quitterai jamais, nous avions fait tellement de chemin ensemble. Le nouveau propriétaire la mit en demi-pension, j’ai réussi à le faire un moment et n’ayant plus les moyens, une autre fille prit le relais. Je n’avais plus le droit de la panser, d’aller la chercher dans son box, j’avais juste le droit de la regarder, et de pleurer. Quelques semaines plus tard, quand Mardéchoise fit tomber sa cavalière qui se fractura le bras, elle fut de nouveau « libre » ! Mais ce fut alors le nouveau propriétaire qui se mit en tête de lui « expliquer la vie ». Je restais là-bas, car elle était là-bas. Je ne la montais presque plus et j’économisais pour me payer un cours et avoir le grand honneur de passer un moment avec elle. Mais ce n’était plus pareil, nous n’avions plus nos moments privilégiés, je n’allais plus nourrir les chevaux, en l’espace de quelques semaine, j’ai été relégué du rang de palefrenière des écuries à celui de cavalière de club et Mardéchoise et moi nous regardions tristes et conscientes de la fin d’une période. C aussi en pâtissait, mais C avait son Dom-Pearl et était corps et âme dans cette relation, et c’était tout à son honneur.


Personne n’en voulait plus, elle en a mit des cavaliers à terre. Pourtant ils s’y sont acharnés, voyant qu’avec moi ça se passait bien. Ils ont décidé de la mettre en vente et F l’a amené près de chez elle où il y avait une grande écurie et où on pourrait l’essayer. Symphonie qui avait eu une grave blessure au boulet, l’accompagna. Et moi, je quittais sans remords cet endroit devenu étranger pour suivre la douce jument orange. Les premiers temps je ne la voyais pas trop car elle partait plusieurs jours à l’essai, puis revenait, toujours. Elle ne convenait pas du tout. Alors F m’autorisa à m’en occuper « comme avant ». C’était beaucoup plus loin de chez moi et je n’avais pas le permis. Je descendais du bus pour aller la voir et attendais le dernier pour rentrer. Souvent, je séchais les cours du vendredi afin de passer plus de temps avec elle. Dans une petite carrière à l’abris des regards, nous fîmes nos plus grands progrès, nos plus beaux échanges, nos derniers souvenirs heureux.

Je me souviendrais toujours de ce saut monstrueux qu’elle m’a offert, et une fois avoir mit pied à terre, je regardais l’obstacle en me disant qu’elle m’avait fait toucher le ciel. Cependant, nos meilleurs moments étaient dehors. On se faisait maintenant mutuellement confiance, jamais je n’aurai cru un jour m’en remettre à elle avec autant de confiance et de sérénité. Elle était merveilleuse, elle était moi et j’étais elle, nous nous comprenions parfaitement. Nous avions mit du temps pour en arriver là…

Finalement, après avoir été un moment en club, je la perdis de vu. Un jour, comme a mon habitude, j’allais la voir dans sa petite écurie qu’elle partagait juste avec Symphonie. Mais les écuries et les prés autour étaient tous vide. F s’était bien gardé de m’annoncé leur départ, elle ne m’avait rien dit, et je n’ai pas pu lui dire au revoir.

J’étais furieuse, révolté, je hurlais qu’on me dise où elle était.


Un jour, C qui était resté à l’écurie de propriétaire avec Dom-pearl me dit que les deux juments étaient revenues et qu’elles étaient dans un pré à l’écart. Quand j’allais sur place, je découvris une Mardéchoise maigre, démusclée, le regard vide. Pas d’eau dans l’abreuvoir, elles burent au tuyau le temps que ça se remplisse. J’appelais des associations, suppliais mes parents de l’acheter, et entre temps, elle disparu à nouveau.

Ce fut la dernière fois que je la vis, maigre et triste, dans ce pré sans herbe. J’étais resté jusque tard, la nuit était presque tombée. On s’était fait de gros, gros câlins, j’avais pleuré dans sa crinière sale, qui ne luisait plus du tout.


Je l’ai cherché 9 ans.

Un jour, quelqu’un se connecta à elle, et m’appris son départ vers l’autre monde.

Les animaux ne rentrent pas dans notre vie par hasard. Mardéchoise m’a apprit à avoir confiance en moi, à m’aimer et à croire en moi. Si je ne crois pas en moi, comment les autres pourraient le faire, comment elle pourrait le faire ? Elle m’a apprit à écouter mon coeur, mes ressentis, mais surtout, elle m’a apprit l’Amour.


Je ne faisais pas de communications animales à l’époque, mais ce n’était pas pour ça qu’elle était là. Notre histoire n’aurai pas été différente si j’avais pu communiquer avec elle car elle était là pour me faire grandir, pas pour me rendre la tâche facile. Bien que j’aurai pu comprendre plus vite et faire ce travail sur moi plus rapidement. Grâce à elle aujourd’hui, je sais comprendre au fond de moi ce qui bloque quand je rencontre des difficultés avec mes animaux. Je sais que leur comportement n’est pas là par hasard mais qu’il met le doigt sur quelque chose à regarder en moi. Grâce à elle, je peux me mettre à la place des gardiens et avoir de l’empathie sans juger. Grâce à Mardéchoise, j’ai maintenant cette envie dévorante d’aider les animaux, et leur gardien.

Grâce à elle, j’ai gardé contact avec C, l’histoire de Mardéchoise, c’est aussi l’histoire de C et moi, et quand j’ai assisté à ses progrès avec son cheval, à sa joie de partager des moments fusionnels avec lui, à sa fierté aussi, de ne rien avoir lâché et de s’être finalement écouté, sa victoire était la mienne et j’étais tellement heureuse pour elle et ce beau gris qui avait réussi à avoir la vie qu’il aspirait tant ! S’en été fini de la jalousie, de la rancoeur, grâce à Mardéchoise, j’ai compris ce que C ressentait, car nous avions sensiblement vécu les mêmes problèmes, et peut importe le côté matériel, l’appartenance, l’achat, ce qui nous rapproche, c’est encore et toujours l’amour. L’amour que nous portions toutes les deux pour nos amis à crinière.


Les animaux qui sont dans nos vies, ne font rien par méchanceté pure. Souvent, c’est leur passé qui influe des comportements, souvent, c’est nous qui en somme la cause. Pour nous aider, car c’est leur seul objectif, ils utilisent les moyens qu’ils ont à leur disposition. Ils ont bien conscience de nos états d’âmes, de nos difficultés et de manière désintéressée, mais aussi par amour, ils nous aident.

Le jour où les humains agiront ainsi les uns envers les autres, le monde sera sensiblement différent. En attendant, et en mémoire de Mardéchoise dans ce beau corps alezan chatoyant : merci. Merci nos chers amis…

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